Pays à gouvernance perfectible, vers une institutionnalisation de la RSE


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Le 20 avril dernier, Enrique Peña Nieto, Président mexicain, a signé le Memorándum de Entendimiento avec l’institut Danois pour les Droits de l’Homme. Ce protocole a pour objectif de développer un programme national des Droits de l’Homme et des entreprises afin de garantir et renforcer leur respect sur le territoire mexicain.

Ce rapport est construit comme un guide pratique aidant les entreprises à comprendre leurs obligations en matière de Droits de l’Homme. Il les encourage tout d’abord à inclure les Droits de l’Homme dans leur politiques et leurs codes de conduite. Il promeut l’élaboration d’un rapport de RSE ainsi qu’une législation garantissant le respect des Droits Humains dans le cadre des activités de l’entreprise.

La signature de ce mémorandum répond aux efforts et avancées du groupe de travail mexicain Entreprises et Droits de l’Homme, que coordonnait la Direction Générale des politiques publiques en matière de Droits de l’Homme et dans laquelle participaient différentes parties prenantes telles que des institutions gouvernementales, des entreprises, des organisations de la société civile, des syndicats, et des institutions académiques.

Ce rapport, bien qu’il vise à encadrer les pratiques, n’est pas contraignant pour les entreprises mais marque une tendance à légiférer la matière.Il s’inscrit dans une démarche globale d’institutionnalisation de la responsabilité sociétale des entreprises dans les pays à gouvernance perfectible, marqués souvent par une culture de mécénat plus que de RSE.

Le développement de la RSE implique en effet un environnement des affaires structuré, dans lequel une pluralité d’acteurs traduisent cette démarche en actions concrètes provoquant un effet d’entrainement sur l’ensemble du tissu économique. A l’image de certains pays africains comme le Sénégal ou le Maroc, la volonté des pouvoirs publics mexicains de promouvoir la RSE, d’en assurer la régulation et de faciliter les consultations entre les parties prenantes constitue un préalable important à son développement.

Il n’en reste pas moins que la méconnaissance du concept et de ses avantages constitue encore un obstacle majeur à la diffusion de la RSE en Afrique, comme en Amérique latine. Aussi, pour prospérer, ces initiatives qui traduisent le renforcement des principes directeurs de l’OCDE et de l’ONU sur le devoir de vigilance des entreprises, nécessitent d’adapter les pratiques de RSE aux réalités socioculturelles latino-américaines et africaines. C’est l’un des objectifs de la commission RSE du CIAN pour le continent africain.

De cette initiative mexicaine on pourrait en déduire que :

– les pays en développement, notamment en Amérique Latine et en Afrique en s’inscrivant dans une démarche RSE, prennent progressivement en compte les mutations sociétales, normatives et digitales du commerce international.

– l’intégration progressive d’une politique RSE serait peut-être un des moyens de pallier aux difficiles régulations des atteintes aux Droits de l’Homme au Mexique : le dialogue multi parties prenantes et la logique internationale qu’elle implique générant autant de nouveaux acteurs que de leviers d’influence.

Pierre-Samuel Guedj – Président d’Affectio Mutandi et Président de la Commission RSE du CIAN – Conseil Français des Investisseurs en Afrique. ps.guedj@affectiomutandi.com